Mélusine, la fée bâtisseuse
La légende de Lusignan en Poitou-Charentes
Cela me tenait à cœur de mettre en avant la légende de la fée, Mélusine, car elle a bercé mon enfance.
Le duc de Berry, frère du roi Charles V, commande à Jean d’Arras un roman à la gloire de la famille poitevine des Lusignan. Une trentaine d’années auparavant, un bénédictin du Poitou avait déjà évoqué une tradition selon laquelle le château de Lusignan aurait été fondé par un chevalier et une fée. Cette fée, vue nue par son mari, se serait transformée en serpent.
Mais une chose est certaine : le récit de Jean d’Arras fonde un mythe sur lequel de nombreuses croyances populaires vont se développer.
Dans le Poitou, Mélusine est la fondatrice de la lignée des Lusignan, pour laquelle elle construisait des forteresses en une seule nuit. Parce qu’elle avait enfermé son père dans une montagne, Mélusine fut punie par sa mère, qui lui infligea une terrible malédiction : chaque samedi, elle se trouvait affublée d’une queue de serpent.
Par la suite, elle fit la rencontre de Raimondin, comte de Forez. Elle accepta de l’épouser, non sans lui avoir demandé de faire le serment de ne jamais chercher à la voir le samedi. Son futur mari accepta cette condition.
De cette union naquirent dix fils, tous malheureusement affublés d’une étrange particularité physique. L’un avait un œil plus haut que l’autre ; un second portait sur la joue une griffe de lion ; un troisième possédait une dent de plus d’un pouce de long, ce qui lui valut le surnom de Geoffroy la Grand’Dent ; un autre encore avait sur le nez une petite tache velue.
Inquiet à cause des rumeurs d’infidélité concernant Mélusine, Raimondin finit par rompre sa promesse. Un samedi, il l’épia dans son bain en perçant la porte de son épée. Il découvrit alors son terrible secret.
Mélusine se baignait dans une grande cuve de marbre. Elle était femme jusqu’au nombril et, du nombril jusqu’en bas, possédait une queue de serpent. Elle peignait ses longs cheveux tandis que sa queue, grosse comme une quille à hareng, battait l’eau avec tant de force qu’elle en faisait jaillir des éclaboussures jusqu’à la voûte de sa chambre.
Lorsque son époux lui révéla qu’il avait découvert son secret, Mélusine disparut à jamais.
Mélusine est aussi une grande bâtisseuse. On lui attribue de nombreuses constructions qu’elle aurait édifiées en une seule nuit : le château de Lusignan, la tour de Vouvant, celles de Mervent et de Saint-Maixent l’école. Elle aurait également contribué à la puissance des Lusignan en bâtissant l’église de Parthenay-le-Vieux, qu’elle ne put achever car elle fut surprise durant son travail, ainsi que celle de Saint-Paul-en-Gâtine. On lui attribue encore la fondation des châteaux de Parthenay, Tiffauges, Pouzauges et Talmont. Elle serait aussi à l’origine de la tour de la Garde à La Rochelle et de la flèche de Notre-Dame à Niort. Selon la légende, elle aurait également bâti le pont et le château de la ville de Saintes.
Enfin, après avoir été mal accueillie dans l’ancienne ville de Châtelaillon, elle en aurait emporté des pierres afin de fonder l’abbaye de Maillezais. Et comme si cela ne suffisait pas, Mélusine aurait même construit une tour du château de Fougères, en Bretagne.























